L’Abrogation (Al-Naskh)
25 Mars 2026
﷽
Dans son Livre saint, Allah ﷻ dit :
Le credo islamique affirme plus que les écrits d’autres religions. Contrairement au christianisme par exemple, qui considère le Nouveau Testament comme rapporté par les apôtres de Jésus, les musulmans affirment que le Coran est la parole directe d’Allah ﷻ Tout-Puissant. Elle a été préservée, est inchangée et reste son testament, son guide 1 pour l’humanité jusqu’à la fin des temps. Son texte est remarquable, inégalable 2, transmis par un illettré du désert, sur 23 ans morcelé et face à des situations inattendues, pour constituer un tout cohérent et un message éternel.
Allah ﷻ ne fait pas d’erreur, Il ne somnole pas, et est l’Omniscient, le Sage. Son seul miracle accordé à Muḥammad ﷺ fut ce Coran, qui est tel que celui qui le lit trouve la guidée s’il la cherche. Allah ﷻ ne se contredit pas, et Il ne fait pas d’erreur, et là-dessus il y a consensus total parmi les musulmans.
C’est avec ce préambule que je souhaite aborder la question du naskh, ou « abrogation », qui touche à la fois la tradition prophétique (aḥādīth) et le Coran. Chaque facette (coranique et tradition) sera traitée dans sa propre partie, mais en priorité le Coran car je pense que son application au Coran est une erreur grave parmi les savants. Et je cherche refuge auprès du Tout-Puissant contre l’erreur.
Abrogation coranique
Dans son Livre saint, Allah ﷻ dit :
Ce verset est utilisé en général pour donner la base coranique du concept d’abrogation. Pour être clair, ce concept dit qu’un verset abroge un autre, le remplace, et rend l’autre inactif. L’idée est que si un verset vient plus tard chronologiquement dans la révélation, il peut abroger une règle précédente par une nouvelle. Cette compréhension du Coran est, à mes yeux, une erreur manifeste, ce que l’on démontrera in shāʾ Allāh dans cet article.
Avant de parler de ce verset, avons-nous des exemples de règles ou jugements prophétiques abrogés dans sa vie ? Bien sûr, donnons quelques exemples :
- Les musulmans priaient autrefois vers Jérusalem, puis prient aujourd’hui vers la Mecque 3.
- L’alcool n’a pas toujours été interdit, et a été interdit progressivement 4.
- Les musulmans ne pouvaient pas avoir de rapports pendant le Ramaḍān, puis ils ont eu l’autorisation pendant la nuit 5.
- Des musulmans adoptaient des orphelins jusqu’à ce qu’ils soient considérés comme frères seulement 6.
Et il y en a bien d’autres. Tous ces exemples ont été utilisés comme exemples de naskh, et comme manières de permettre l’abrogation d’un verset sur un autre. Mais le Coran se contredit-il sur ces exemples, pour qu’un verset en annule un autre ?
- Pour la qiblah, le Coran y fait certes référence — « tourne donc ton visage vers la Mosquée Sacrée » 7 — mais n’a pas un autre verset appelant à prier vers Jérusalem, et aucun compagnon n’a jamais dit qu’un tel verset existait, seulement que le Prophète ﷺ leur avait enseigné ainsi. Il n’y a nul doute que cela lui avait été révélé par Jibrīl, mais le message final, le Coran, lui, ne pouvait pas avoir cela alors qu’il devait tenir pour la postérité.
- Tous les versets sur l’alcool sont progressifs, mais aucunement contradictoires : le premier déconseille l’alcool, le prochain précise de ne pas être ivre pour prier, et enfin le dernier l’interdit tout bonnement. Ils ne se contredisent pas ; si on interdit d’être ivre pour prier, cela ne contredit pas interdire de boire tout court, ni l’inverse. Ces versets sont arrivés par étapes, mais leur présence dans le récit final ne permet pas de les penser comme contradictoires.
- De même que pour la qiblah, ce verset fait seulement référence à un jugement que Muḥammad ﷺ n’avait fait que dans sa sunnah, mais qui n’était jamais précisé dans un quelconque verset coranique — « allez librement vers vos épouses » — Allah ﷻ n’a pas annulé un verset.
- De même ici, aucun verset ne permettait l’adoption auparavant ; il y avait simplement des versets qui ordonnaient d’être bons envers les orphelins 8, sans préciser la forme.
Dans son livre, A Critique of the Theory of Abrogation 9, Jasser Auda montre que tous les cas de contradictions ont été critiqués par des savants, pour en finir avec seulement quatre cas qu’il étudie lui-même. Il fait cela pour aller plus loin que ceux qui critiquent déjà la surutilisation de cet outil (l’abrogation) et le considèrent comme très restreint, pour dire qu’il n’a pas lieu d’exister. C’est la position que je défends ici.
Pensons-y : pourquoi le Coran ne peut-il pas avoir de telles contradictions ? Parce qu’Allah ﷻ en est l’auteur, et non pas Muḥammad ﷺ. Si un verset venait annuler un autre, alors que ce texte doit rester comme guide jusqu’à la fin des temps, alors cela voudrait dire qu’Allah ﷻ ne savait pas encore qu’Il allait se contredire plus tard ? Allah ﷻ est l’Omniscient, Il a écrit tout ce qui se produirait dans Son Livre (al-Lawḥ al-Maḥfūẓ). Et n’a pas besoin d’abroger un texte. Comme le montrent les exemples précédents, Allah ﷻ sait ce qui va dans le Coran ou non, et n’a jamais mis dans le Coran ce qui allait être changé plus tard, même si la ḥikmah initiale était transmise à son messager par Jibrīl.
Lorsqu’on étudie cela, on voit que pire, certains permettent à des aḥādīth de faire du naskh de versets coraniques (alors que l’authenticité du Coran est indiscutable et celle du ḥadīth ne l’est pas !). Voyons à présent certains jugements problématiques, pour dire le moins, qui ont des conséquences sur la compréhension de notre religion et sur le fiqh, parfois très graves.
Les mufassirūn classiques sont unanimes que le verset 9:5 10 abroge tous les autres versets qui disent de faire la paix avec les polythéistes et de ne pas les combattre 11. Ils oublient que ce verset est dans le contexte seul des polythéistes mecquois ayant violé leurs traités, durant la reconquête de la Mecque 12. Ce verset a été utilisé par Dāʿish et d’autres groupes, avec cette interprétation, pour réfuter tout argument de paix et de coexistence avec les gens du Livre ou les mécréants.
Plus grave encore, même si aucun verset ne l’indique explicitement, certains savants — comme Ibn Kathīr dans son Tafsīr et al-Jaṣṣāṣ dans Aḥkām al-Qurʾān — utilisent le ḥadīth « quiconque change de religion, tuez-le » 13 pour abroger Coran 2:256 (« nulle contrainte en religion ») et autoriser la mise à mort de l’apostat. Ils arrivent à dire que ce verset est seulement pour entrer en islam, mais pas pour en ressortir. Alors que certains versets parlent de ceux qui font le kufr, puis reviennent, puis refont le kufr et reviennent 14 : s’ils meurent sur le kufr, Allah ﷻ ne les pardonnera point — et donc Il peut les pardonner dans le cas contraire. Mais comment peuvent-ils revenir à Dieu ﷻ si on les met à mort dès qu’ils apostasient ? J’écrirai un texte dédié à l’apostasie par ailleurs, qui est un sujet très important et mérite plus de détail.
Je fais la demande sincère aux gens de regarder les textes et les sujets sur lesquels on dit qu’il y a abrogation : vous verrez, in shāʾ Allāh, par la grâce d’Allah ﷻ, que le Coran ne comporte pas de contradictions ni de jugements abrogés. Allah ﷻ ne donne pas des versets pour que nous les rejetions en choisissant ceux qui les abrogent à notre convenance — « Croyez-vous donc en une partie du Livre et rejetez-vous le reste ? » 15. Le Coran est un tout, et comme tout propos sorti de son discours, un verset pris sans la compréhension d’autres versets est un verset incompris. Lorsqu’Allah ﷻ dit une chose en apparence contradictoire, c’est qu’il y a un contexte ou une spécificité pour ce texte. Si Allah ﷻ permet d’attaquer des polythéistes, Il précise autour que c’est à cause du tort qu’ils leur ont fait, et interdit de continuer s’ils désistent 16. Cela permet de comprendre ces versets avec le tout du Coran qui parle aussi d’être bons avec eux 17.
Mais alors que faire du verset 106 de al-Baqarah ? Demandez-vous : à qui s’adresse ce verset ? Si l’on regarde le verset précédent 18, Allah ﷻ parle des gens du Livre. Par ailleurs le mot āyah ne signifie pas « verset », mais « signe », « exemple », ou « message ». De nombreux exégètes, dont Muḥammad Asad 19 et Abū Muslim al-Iṣfahānī (m. 322 H), l’ont compris comme indiquant que le message du Coran vient remplacer celui de l’Évangile et de la Torah.
Et Allah ﷻ sait le mieux.
Abrogation du ḥadīth
Si le Coran ne peut s’abroger lui-même, qu’en est-il de la sunnah ? Et a fortiori, un ḥadīth peut-il abroger le Coran ?
Tournons à présent notre attention sur l’abrogation dans le ḥadīth ou la sunnah. Il semblerait, face à ce que j’ai dit avant, que la sunnah est plus à même de comporter du naskh, car, contrairement au message final, elle était pratiquée par le Prophète ﷺ qui apprenait petit à petit sa religion. Et je ne rejetterai pas entièrement le naskh au sein de la sunnah, la qiblah étant un exemple assez classique, mais la plupart de ce que Dieu ﷻ a abrogé n’était pas une règle d’Allah ﷻ comme nous le verrons.
Premièrement, définissons le périmètre de ce qui est abrogeable. Dans les exemples ci-dessus, il s’agit d’une règle (ḥikmah) précise, et non pas d’un principe général. Plus encore, nous pourrions dire que ce qui a été abrogé ne venait pas directement d’Allah ﷻ :
- L’alcool et l’adoption étaient des pratiques des polythéistes, auxquelles Dieu ﷻ a mis fin.
- La qiblah certes était vers Jérusalem initialement selon ce qu’Allah ﷻ a ordonné à son messager ; en revanche il s’agit d’une pratique juive, que les musulmans ont délaissée lorsque le jugement final coranique est arrivé.
- Le cas de manger et avoir des rapports après l’ifṭār pendant le Ramaḍān n’était même pas une injonction de Muḥammad ﷺ mais une compréhension de certains compagnons 20 qui différaient sur s’ils avaient le droit de continuer jusqu’au lever du soleil.
Il y a d’autres exemples, comme la lapidation des fornicateurs, prise de la loi juive, qui fut abrogée par la sourate al-Nūr pour être remplacée par 100 coups de fouet 21. Nous savons que de nombreux compagnons allaient chercher la science chez les juifs de Médine jusqu’à ce que le Prophète ﷺ le leur interdise 22. Étrangement, certaines pratiques jāhilī ne sont pas considérées comme naskh alors qu’elles y conviennent aussi, dans le sens où une pratique a été interdite par le Coran, comme l’enterrement des petites filles 23.
Le plus dangereux avec l’abrogation dans les aḥādīth est que, contrairement au Coran où l’on est certain du texte, les aḥādīth ne sont pas certains. Or, face à des textes en contradiction (ou juste en contradiction apparente), de nombreux savants ont choisi de dire que texte X abrogeait texte Y. Souvent sans preuve de chronologie. Et souvent en abrogeant un principe fondamental et général par un texte relatant un fait spécifique contraire à ce principe.
Par exemple, nous avons de nombreux versets 24 et aḥādīth qui montrent qu’il faut vivre en harmonie avec les juifs et chrétiens, et cela a été pratiqué non seulement à Médine, mais par les compagnons comme ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb ؓ durant son califat, qui restaura la population juive de Jérusalem 25. Toutefois nous avons des aḥādīth « authentiques » où le Prophète ﷺ aurait ordonné de tuer tous les juifs que l’on trouve 26. Comment un principe général de paix avec les gens du Livre pourrait-il être abrogé par un texte spécifique d’un événement ? Même s’il s’était produit (et une critique de matn selon tout ce que je viens d’énoncer montre que ce n’est pas possible — ʿUmar ؓ n’était-il pas au courant d’un tel ḥadīth ?), comment Dieu ﷻ enseignerait-Il des principes généraux à son Messager ﷺ pour lui dire d’être paisible avec les gens du Livre, pour ensuite qu’il change d’avis ? Cela impliquerait que le Coran et la sunnah ne sont que les produits d’un homme, pas d’un Dieu qui connaît le futur, mais comme nous l’avons montré cela n’est pas le cas.
Un autre exemple est le cas de divergences légères d’actes ou de nombres dans les textes différents. Cela constitue la base des différences entre les quatre écoles 27 sur la prière par exemple. Une façon serait le jamʿ qui consiste à dire que le Prophète ﷺ et les compagnons ont pratiqué toutes ces manières différentes et qu’elles sont toutes acceptables, mais en général les écoles se contentent d’abroger ou de considérer comme irrecevable les aḥādīth des autres écoles. Si on prend les nombres spécifiques associés à la zakāt par exemple, différents juristes ont abrogé tel ou tel texte pour fixer un nombre, avec seulement certains — comme al-Ṭabarī — ayant eu l’intelligence de se dire que les différents nombres montrent que le principe est plus important que le nombre spécifique, que le Prophète ﷺ a sans doute adapté à différentes situations en fonction des contextes 28.
Conclusion
Nous avons ouvert cet article avec le verset 4:82 : « S’il provenait d’un autre qu’Allah ﷻ, ils y trouveraient certes maintes contradictions. » L’abrogation, telle qu’elle est pratiquée par nos savants, introduit précisément ces contradictions — non pas dans le Coran lui-même, mais dans notre lecture de celui-ci.
L’abrogation existe : c’est celle des lois des hommes et des anciens prophètes par le dernier message envoyé par Allah ﷻ. Le Coran n’a aucun verset qui en abroge un autre, et il ne contient nulle contradiction. La sunnah prophétique, en outre, n’a que des exemples parsemés, qui devraient plutôt nous faire questionner ces aḥādīth plutôt que de les utiliser pour abroger des principes fondamentaux de la religion, ou des versets sacrés du Livre d’Allah ﷻ.
Lorsqu’un ḥadīth contredit un principe coranique, la question ne devrait pas être « quel texte abroge l’autre ? » mais « ce ḥadīth est-il réellement du Prophète ﷺ ? ». Car celui qui a été envoyé pour « parachever les nobles caractères » ne saurait contredire le Livre qu’il a lui-même transmis. Le Coran est un tout — a-fa-lā taʿqilūn ?
Coran, Sourate al-Baqarah (La Vache), 2:185 — شَهْرُ رَمَضَانَ ٱلَّذِىٓ أُنزِلَ فِيهِ ٱلْقُرْآنُ هُدًى لِّلنَّاسِ وَبَيِّنَـٰتٍ مِّنَ ٱلْهُدَىٰ وَٱلْفُرْقَانِ « Le mois de Ramaḍān au cours duquel le Coran a été descendu comme guide pour les gens, et preuves claires de la bonne direction et du discernement. »↩︎
Coran, Sourate al-Baqarah (La Vache), 2:23 — وَإِن كُنتُمْ فِى رَيْبٍ مِّمَّا نَزَّلْنَا عَلَىٰ عَبْدِنَا فَأْتُوا۟ بِسُورَةٍ مِّن مِّثْلِهِ وَٱدْعُوا۟ شُهَدَآءَكُم مِّن دُونِ ٱللَّهِ إِن كُنتُمْ صَـٰدِقِينَ « Si vous avez un doute sur ce que Nous avons révélé à Notre serviteur, produisez donc une sourate semblable et appelez vos témoins en dehors d’Allah ﷻ, si vous êtes véridiques. » Voir aussi Coran 17:88.↩︎
Le changement de la qiblah (direction de prière) de Jérusalem vers la Mecque est mentionné dans Coran 2:143–144.↩︎
L’interdiction de l’alcool dans le Coran fut progressive : (1) Coran 2:219 : « Ils t’interrogent sur le vin et les jeux de hasard. Dis : “Dans les deux, il y a un grand péché et des avantages pour les gens ; mais dans les deux, le péché est plus grand que l’utilité.” » (2) Coran 4:43 : « Ô les croyants ! N’approchez pas de la prière alors que vous êtes ivres… » (3) Coran 5:90–91 : « Le vin, les jeux de hasard, les pierres dressées et les flèches de divination ne sont qu’une abomination, une œuvre du Diable. Écartez-vous-en, afin que vous réussissiez. »↩︎
Coran, Sourate al-Baqarah (La Vache), 2:187 — أُحِلَّ لَكُمْ لَيْلَةَ ٱلصِّيَامِ ٱلرَّفَثُ إِلَىٰ نِسَآئِكُمْ « On vous a permis, la nuit du jeûne, d’avoir des rapports avec vos femmes. »↩︎
Coran, Sourate al-Aḥzāb (Les Coalisés), 33:4–5 — وَمَا جَعَلَ أَدْعِيَآءَكُمْ أَبْنَآءَكُمْ « Et Il n’a pas fait de vos enfants adoptifs vos propres enfants. […] Appelez-les du nom de leurs pères : c’est plus juste auprès d’Allah ﷻ. »↩︎
Coran, Sourate al-Baqarah (La Vache), 2:144 — فَوَلِّ وَجْهَكَ شَطْرَ ٱلْمَسْجِدِ ٱلْحَرَامِ ۚ وَحَيْثُ مَا كُنتُمْ فَوَلُّوا۟ وُجُوهَكُمْ شَطْرَهُ « Tourne donc ton visage vers la Mosquée Sacrée. Où que vous soyez, tournez-y vos visages. »↩︎
Coran, Sourate al-Baqarah (La Vache), 2:220 — وَيَسْـَٔلُونَكَ عَنِ ٱلْيَتَـٰمَىٰ ۖ قُلْ إِصْلَاحٌ لَّهُمْ خَيْرٌ « Et ils t’interrogent au sujet des orphelins. Dis : “Leur faire du bien est la meilleure action.” » Voir aussi Coran 4:2 et 4:10.↩︎
Auda, Jasser. Naqḍ naẓariyyat al-naskh [Critique de la théorie de l’abrogation]. Beyrouth : al-Shabakah al-ʿArabiyyah lil-Abḥāth wal-Nashr, 2013.↩︎
Coran, Sourate al-Tawbah (Le Repentir), 9:5 — فَإِذَا ٱنسَلَخَ ٱلْأَشْهُرُ ٱلْحُرُمُ فَٱقْتُلُوا۟ ٱلْمُشْرِكِينَ حَيْثُ وَجَدتُّمُوهُمْ « Quand les mois sacrés seront écoulés, tuez les associateurs où que vous les trouviez. […] Si ensuite ils se repentent, accomplissent la prière et acquittent la zakāt, alors laissez-leur la voie libre, car Allah ﷻ est Pardonneur et Miséricordieux. »↩︎
Parmi les versets de paix prétendument abrogés par 9:5 : Coran 2:256 : « Nulle contrainte en religion. Car le bon chemin s’est distingué de l’égarement. » Coran 109:6 : « À vous votre religion, et à moi ma religion. » Coran 8:61 : « Et s’ils inclinent à la paix, incline vers celle-ci [toi aussi] et place ta confiance en Allah ﷻ. » Coran 60:8 : « Allah ﷻ ne vous interdit pas d’être bienfaisants et justes envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car Allah ﷻ aime ceux qui sont équitables. »↩︎
Le contexte de la sourate al-Tawbah (9:1–13) est explicite : il s’agit d’une déclaration de désengagement envers les polythéistes ayant violé leurs traités (9:1). Le verset 9:4 exclut expressément ceux qui ont respecté leurs engagements. Le verset 9:6 accorde le droit d’asile même à un ennemi combattant. Le verset 9:7 réaffirme la réciprocité : « Tant qu’ils sont droits envers vous, soyez droits envers eux. »↩︎
مَنْ بَدَّلَ دِينَهُ فَاقْتُلُوهُ — « Quiconque change de religion, tuez-le. » (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, Kitāb al-Jihād, n° 3017 et Kitāb Istitābat al-Murtaddīn, n° 6922). Rapporté par Ibn ʿAbbās ؓ.↩︎
Coran, Sourate al-Nisāʾ (Les Femmes), 4:137 — إِنَّ ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ ثُمَّ كَفَرُوا۟ ثُمَّ ءَامَنُوا۟ ثُمَّ كَفَرُوا۟ ثُمَّ ٱزْدَادُوا۟ كُفْرًا لَّمْ يَكُنِ ٱللَّهُ لِيَغْفِرَ لَهُمْ وَلَا لِيَهْدِيَهُمْ سَبِيلًا « Ceux qui ont cru, puis ont mécru, puis ont cru de nouveau, puis ont mécru et n’ont fait que croître en mécréance, Allah ﷻ ne leur pardonnera pas, et Il ne les guidera pas non plus vers un chemin. » Ce verset décrit des gens qui entrent et sortent de la foi à répétition — ce qui serait impossible si l’islam prescrivait la mort au premier acte d’apostasie.↩︎
Coran, Sourate al-Baqarah (La Vache), 2:85 — أَفَتُؤْمِنُونَ بِبَعْضِ الْكِتَابِ وَتَكْفُرُونَ بِبَعْضٍ « Croyez-vous donc en une partie du Livre et rejetez-vous le reste ? »↩︎
Coran 9:5 lui-même se termine par : « Si ensuite ils se repentent […] alors laissez-leur la voie libre. » Et 9:6 : « Et si l’un des associateurs te demande asile, accorde-le lui afin qu’il entende la parole d’Allah ﷻ, puis fais-le parvenir à son lieu de sécurité. »↩︎
Coran, Sourate al-Mumtaḥanah (L’Éprouvée), 60:8 — لَّا يَنْهَىٰكُمُ ٱللَّهُ عَنِ ٱلَّذِينَ لَمْ يُقَـٰتِلُوكُمْ فِى ٱلدِّينِ وَلَمْ يُخْرِجُوكُم مِّن دِيَـٰرِكُمْ أَن تَبَرُّوهُمْ وَتُقْسِطُوٓا۟ إِلَيْهِمْ ۚ إِنَّ ٱللَّهَ يُحِبُّ ٱلْمُقْسِطِينَ « Allah ﷻ ne vous interdit pas d’être bienfaisants et justes envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car Allah ﷻ aime ceux qui sont équitables. »↩︎
Coran, Sourate al-Baqarah (La Vache), 2:105 — مَّا يَوَدُّ ٱلَّذِينَ كَفَرُوا۟ مِنْ أَهْلِ ٱلْكِتَـٰبِ وَلَا ٱلْمُشْرِكِينَ أَن يُنَزَّلَ عَلَيْكُم مِّنْ خَيْرٍ مِّن رَّبِّكُمْ « Ni les mécréants parmi les Gens du Livre, ni les associateurs n’aimeraient qu’on fasse descendre sur vous un bienfait de la part de votre Seigneur. » Ce contexte est crucial car il montre que le verset 2:106 qui suit peut être lu comme faisant référence à l’abrogation des Écritures antérieures (Torah, Évangile) par le Coran, et non à l’abrogation interne au Coran.↩︎
Asad, Muḥammad. The Message of the Qurʾān. Gibraltar : Dār al-Andalus, 1980 (rééd. The Book Foundation, Bristol, 2003). Asad traduit mā nansakh min āyah par « Any message which We annul or consign to oblivion » et argumente que āyah ici signifie « message » au sens large, faisant référence aux révélations antérieures remplacées par le Coran. Il s’appuie sur le contexte de 2:105 et sur l’interprétation d’Abū Muslim al-Iṣfahānī (m. 322 H / 934).↩︎
Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, Kitāb al-Ṣawm, n° 1915 et Kitāb al-Tafsīr, n° 4508. al-Barāʾ ibn ʿĀzib ؓ rapporte que certains compagnons, s’ils s’endormaient après l’ifṭār, ne mangeaient ni ne buvaient plus jusqu’au soir suivant. Qays ibn Sirma al-Anṣārī s’évanouit d’épuisement pour cette raison, et ʿUmar ؓ eut des rapports après s’être endormi et s’en plaignit au Prophète ﷺ. C’est alors que fut révélé le verset 2:187.↩︎
Le châtiment coranique de la fornication (zinā) est de cent coups de fouet (Coran 24:2), sans distinction entre personnes mariées et non mariées. La lapidation (rajm) repose sur des aḥādīth (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, n° 6829 ; Ṣaḥīḥ Muslim, n° 1691) et sur un prétendu « verset de la lapidation » dont ʿUmar ؓ affirme qu’il fut révélé puis retiré de la récitation. La majorité des savants considèrent que la lapidation s’applique aux personnes mariées et les cent coups de fouet aux non-mariées. Cependant, le Shaykh Muḥammad Abū Zahrah (1898–1974), éminent juriste d’al-Azhar, a soutenu lors du congrès du Majmaʿ al-Buḥūth al-Islāmiyyah à al-Bayḍāʾ (Libye) en 1972 que la lapidation a été entièrement abrogée par Coran 24:2. Son argument : il est contraire aux principes coraniques qu’une peine aussi grave repose uniquement sur des aḥādīth āḥād sans fondement coranique explicite.↩︎
ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb ؓ vint au Prophète ﷺ avec un feuillet copié de la Torah. Le Prophète ﷺ se mit en colère et dit : « Je vous ai apporté [cette religion] pure et blanche. Ne leur demandez rien, car ils pourraient vous informer d’une vérité que vous rejetteriez, ou d’une fausseté que vous accepteriez. » (Musnad Aḥmad, Musnad Jābir, vol. 3, p. 387 ; Sunan al-Dārimī, n° 435). Voir aussi Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, n° 7363 : « Ne croyez pas les Gens du Livre et ne les traitez pas de menteurs. »↩︎
Selon les coutumes des païens d’Arabie, avoir pour premier enfant une fille était un très grand déshonneur ; ils avaient donc comme pratique d’enterrer vivantes les petites filles. Le Coran condamne explicitement cette pratique : وَإِذَا الْمَوْءُودَةُ سُئِلَتْ بِأَيِّ ذَنبٍ قُتِلَتْ « Et lorsque la fillette enterrée vivante sera interrogée, pour quel péché elle a été tuée. » (Coran, Sourate al-Takwīr, 81:8–9). Voir aussi Coran 16:58–59 et 17:31.↩︎
Coran 29:46 : « Et ne discutez avec les Gens du Livre que de la meilleure manière […] Notre Dieu et votre Dieu est un. » Coran 5:5 : « La nourriture de ceux à qui le Livre a été donné vous est permise […] et les femmes vertueuses d’entre les gens qui ont reçu le Livre avant vous. » Coran 2:62 : « Ceux qui ont cru, ceux qui se sont judaïsés, les chrétiens et les sabéens — quiconque d’entre eux a cru en Allah ﷻ et au Jour dernier et accompli de bonnes œuvres — aura sa récompense auprès de son Seigneur. »↩︎
Lors de la conquête de Jérusalem en 15 H / 637, ʿUmar ؓ autorisa 70 familles juives de Tibériade à revenir s’y installer, mettant fin à environ cinq siècles d’exclusion sous les Byzantins. Voir al-Ṭabarī, Tārīkh al-Rusul wa-l-Mulūk, vol. I, pp. 2405–2406 ; Gil, Moshe, A History of Palestine, 634–1099, Cambridge University Press, 1992, pp. 51–74.↩︎
Le ḥadīth le plus cité est celui de la fin des temps : « L’Heure ne viendra pas tant que les musulmans ne combattront pas les juifs […] la pierre ou l’arbre dira : “il y a un juif derrière moi, viens le tuer !” » (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, n° 2926 ; Ṣaḥīḥ Muslim, n° 2922). Ce texte relève du genre eschatologique (akhbār al-fitan) et décrit un événement surnaturel lié au Dajjāl ; il ne constitue en aucun cas un commandement juridique normatif (ḥukm sharʿī).↩︎
Les quatre écoles juridiques sunnites sont les Ḥanafites, Shāfiʿites, Mālikites et Ḥanbalites.↩︎
Les trois principaux documents prophétiques sur la zakāt des chameaux — le « Livre d’Abū Bakr ؓ » (Ṣaḥīḥ al-Bukhārī, n° 1454), le « Livre de ʿAlī ؓ » (Sunan Abī Dāwūd ; Jāmiʿ al-Tirmidhī) et le « Livre de ʿAmr ibn Ḥazm ؓ » (Sunan al-Nasāʾī) — présentent des divergences sur les quantités exactes. al-Ṭabarī (m. 310 H) a adopté la position que toutes ces narrations sont authentiques et représentent des options valides (takhyīr). Voir Auda, Jasser, Maqāṣid al-Sharīʿah as Philosophy of Islamic Law: A Systems Approach, Londres : IIIT, 2008, pp. 99–100.↩︎